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Djerba l'île chargée d'histoire

 

Djerba, qui était vraisemblablement habitée déjà avant le néolithique, acquit vite une position privilégiée dans la petite Syrte. Les primitifs qui la peuplaient étaient de souche méditerranéenne. Ils étaient probablement des descendants directs des Capsiens . Ce peuple, l'ancêtre des Berbères , fonda a l'époque paléolithique ( 8.000 a 1.000 ans av. J.C.) une brillante civilisation, dont les vestiges - foyers de feu, remmadya et silex - sont encore présents au Chott El Jerid, dans la région de Gafsa en particulier. Il s'avère que la civilisation capsienne a donne aux générations successives, les Berbères, plus d'un élément cultuel et culture.

En ce qui concerne le peuple berbère qui habitait la Syrte , il vivait au départ de chasse et de pêche. Mais ces berbères qui paraissaient avoir joui d'un haut degré d'évolution, apprivent aussi a cultiver des céréales, de l'orge surtout; a confectionner des vêtements, a tisser des étoffes, a fabriquer de la poterie... Ils parlaient leur langue, le berbère, et précisément Echelha . Cette langue - le berbère - assimilée aux langues chamito-sémitique, possède une écriture syllabique de caractères géométriques, le Tifriagh . Quant a leurs croyances religieuses primitives, elles relevaient de l'animisme et de la magie.

Au deuxième millénaire av. J.C., notre île était un habitat important aux vastes relations avec l'extérieur. Les dieux et les déesses hérites de leurs ancêtres capsiens, de l'Egypte pharaonique ou d'ailleurs, y étaient alors maîtres. Sans jamais les expulser totalement et définitivement, le triomphe des nouvelles religions monothéistes, et de l'Islam en particulier, devait déposséder toutes les divinités païennes et assurer la première place à un seul Dieu, Allah.

Depuis la haute antiquité, notre île était une terre d'accueil connue. Elle avait reçu moult visiteurs : Grecs, Pheneciens et autres. Mais le plus célèbre fut le roi d'Ithaque, Ulysse . Celui-ci, ballote par la tempête, découvrit au 8eme siècle av. J.C., fortuitement, l'île enchanteresse des Lotophages .
Entre le 8eme siècle av. J.C. et l'ère chrétienne, l'île des Lotophages fut fréquentée par une multitude de visiteurs. Parmi les plus connus, on peut citer le navigateur Pseudo Scylax qui explora au 5eme siècle " le golfe de Syrte et l'île - jardin des hauts fonds ". Au 4eme siècle, l'historien grec Hérodote, qui séjourna chez Garmantes et les Libons, parla dans ses récits des Lotophages de l'île de Phla... Au 3eme siècle av. J.C., l'observateur Polybe donna des détails précis sur cette île qu'il désigna, cette fois-ci, par le nom Meninx que les Carthaginois donnèrent a cette île dépourvue de sources et de rivières. D'origine phénicienne, ce toponyme Meninx, qui dérive du mot "me-nages" - signifie "manque d'eau". L'île garda cette appellation punique, Meninx, jusqu'au 3eme siècle ap. J.C. A cette époque, romaine, elle prit le nom de DJERBA , vocable qui dérive de Girba , un lieu-dit antique situe près de la forteresse et du port de Houmt-Souk.

Or, très tôt, l'île de Djerba connut le développement de plusieurs activités qui faisaient non seulement la richesse de sa population, mais aussi sa renommée. Ainsi, au 3eme siècle av. J.C., les Carthaginois qui connaissaient, comme leurs ancêtres les Tyriens, le murex, surent-ils utiliser ce coquillage a la chair rouge, très abondant jardis sur l'île, afin d'en extraire le pourpre. D'ailleurs, la cape de pourpre de Djerba , symbole de la dignité, fut longtemps réservée et portée uniquement par les empereurs et les hauts dignitaires théocrates et aristocrates.

Certes, sous les Carthaginois, l'île connut un sort heureux; mais avec la fin des guerres puniques et la destruction en 146 av. J.C. de la splendide cite de Carthage, l'île fut abandonnée momentanément par les Romains.

Il fallut attendre le 1 er siècle pour que cette île connaisse un nouvel essor et retrouve son rôle économique d'antan. En effet, des le 2eme siècle ap. J.C., des commerçants et des colons romains s'installèrent sur l'île qui devint rapidement une importante place de négoce et de commerce et un vaste entrepôt d'huile d'olive et d'autres produits: ivoire, plumes d'autruche, or, peaux en provenance des pays du sud du Sahara...

Noeud de commercialisation entre l'Afrique et l'Europe, Djerba vit sous les Romains ses activités s'accroître. Et ce fut, jusqu'a la fin de la domination des Byzantis, l'époque d'une extraordinaire apogée. Car, dans ses ports de Meninx, de Ghizen, de Tipasa, de Hadrien s'entreposaient les marchandises les plus diverses et, en particulier, les fameuses pommes de l'île, avant d'être redistribuées et vendues sur les places de grandes métropoles : Carthage, Rome, Alexandrie, Constantinople...

Cette formidable prospérité permit alors d'édifier de grandes cites et d'urbaniser même la campagne de l'île, afin de loger et de distraire une population en croissance constante, d'autant que Djerba était déjà devenue le siège d'un eveche . Partout des basiliques, des temples, des thermes et des demeures se pressaient, luxueux ou modestes selon les lieux.

Le visiteur d'aujourd'hui peut être surtout frappe par un sentiment saisissant, poignant, qui se dégage de tous ces hauts lieux historiques jalonnant l'île.

Avec le 7eme siècle, les Byzantins oppresseurs et champions des discussions interminables, aux prétextes les plus futiles, furent chasses et remplaces par les cavaliers arabes porteurs d'un nouveau message : l' Islam .

La nouvelle et brillante civilisation arabo-musulmane modifièrent complètement les structures existantes à Djerba. Des lors, l'île, qui cessa d'être une plaque tournante, vit peu a peu l'importance de ses activités commerciales changer, voire même diminuer, alors qu'elle connut, en même temps, un important brassage de races.

Ainsi, l'arrivée massive au 10eme siècle des Kharejites-Ibadhites sur l'île, marqua-t-elle le début de querelles intestines au sein de la communauté, scindee a la suite d'une dispute d'ordre dogmatique, en deux factions : Wahabites et Nakkeriens , diamétralement opposes. Leurs conflits furent suivis par des guerres ruineuses et continues. Evénements dramatiques pour l'île de Djerba qui, suivant toutes les fluctuations, fut, un millénaire durant soumise aux soldats que le sort des armes favorisait.

Pendant tous ces siècles, l'île fut harcelée par les attaques et les agressions permanentes d'assaillants et d'envahisseurs venus de l'extérieur : les Fatimides de Kairouan, les Bédouins de Beni Hilal, les Germains et les Normands de Sicile, les Aragonnais , les Chevaliers de Malte , les Génois , les Espagnols en lutte contre les Turcs , les nomades voisins et, enfin, les corsaires dont les razzias balayèrent les cotes de l'île, a partir du 14eme jusqu'a la fin du 18eme siècle. Cet épisode douloureux fut le plus meurtrier de toute l'histoire de Djerba, pourtant riche en événements tragiques.

Pendant toute cette période, l'insécurité fut telle que la population abandonna toutes les fameuses cites antiques situées sur la cote. Ces célèbres agglomérations entrèrent désormais dans une irrémédiable décadence, puis dans l'oubli et, enfin, dans un silence absolu.

Comme pour toutes les îles de la Méditerranée , la mer a joue le rôle d'élément répulsif. Les Djerbiens ont reflue vers l'intérieur, se groupant dans leurs " châteaux ", dans leurs menzels fortifies, afin de pouvoir mieux résister a la horde des envahisseurs venant de la terre ou de la mer.

Vigilants, ces insulaires ont crée, a l'instar des Carthaginois, une ceinture de tours de guet et d'observation, le long du littoral. Remarquons que la transmission de l'information se faisait, a cette époque, par signaux lumineux. Ainsi, le sémaphore, la fumée dans la journée et le feu la nuit étaient-ils le seul moyen efficace, rapide et signifiant.

Symbole de la perpétuelle menace, ces petites tours a couples blanches, séparées de 2 a 5 km , ont survécu. Leur conservation vient du fait que ces petits édifices sont devenus, curieusement, en temps de paix, des lieux de culte. Toutes ces petites constructions très caractéristiques, auxquelles la population a donne un nom de saint, sont encore très nombreuses sur les rivages tels Sidi Slimane, Sidi Bakkour, Sidi Mahrez, Sidi Saad, Sidi Salem, Sidi J'mour, Sidi Slim, Sidi Garous, Lella El Hadhria, et j'en oublie. Signalons que "sidi" signifie saint. Bref, tous ces lieux de culte sont animes chaque année par la présence de maintes familles venant a dates fixes, en été, pour accomplir le pèlerinage rituel : ezziara .

A cette occasion, des manifestations collectives sont organisées autour des mausolées. Les pratiques rituelles, sacrifice du mouton, repas en commun... rappelant les cérémonies de fêtes païennes du solstice ou d'Aoussou en août, seul mois de l'année qui était, jadis, consacre au bain de mer traditionnel.

Cependant, nombreux sont a Djerba les sites archéologiques vides et pourtant vivants, comme celui de la célèbre cite de Meninx, reparti sur 5 ha . Avec tant d'autres, ces monuments historiques charment ceux qui veulent retrouver le cadre quotidien de la vie antique de notre île.

Rien de plus intéressant et de plus enrichissant, de ce point de vue, qu'une promenade a travers des ruines dévastées, certes, mais qui présentent les vestiges de toutes les civilisations anciennes juxtaposes a savoir: punique, romaine, byzantine et islamique. Parmi les vestiges, on remarquera, prés du rivage, jonchant le sol, les colonnes et les chapiteaux en marbre blanc, granit rouge ou gris et porphyre vert, et les débris du fort beau fronton d'un gigantesque temple.

D'autres détails rappellent ce que fut, a l'époque, le luxe et la prospérité de la cite Meninx: des énormes citernes, des thermes, des basiliques et des demeures somptueuses, dont le sol est revêtu de très belles mosaïques portant signes et symboles de toutes les croyances d'alors.

Il y a aussi les cimentiers souterrains où se situent les caveaux funéraires des Carthaginois, les épitaphes et les catacombes de l'époque romaine, dont l'intérieur est orne d'une décoration fort belle... Bref, tous ces sites archéologiques constituent un ensemble qui fait la gloire des cites anciennes et l'orgueil de l'histoire de l'île de Djerba. D'autant qu'il s'agit d'un patrimoine culturel intéressant, tant au regard de l'histoire de l'humanité que des civilisations d'un passe lointain et oublie.

Une autre constatation : l'architecture classique de l'île. L'architecture étant l'amie et l'alliée du tourisme, il est conseille d'aller visiter les édifices religieux et culturels de l'île : mosquées, mausolées et aussi les magnifiques menzel .

 

 

 

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